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CORE AND CO [FR] - jan.2013

reviewed by Ukhan Kizmiaz

A l'heure où vous allez lire ces lignes, je ne sais pas si le traditionnel Top albums de la rédac' sera publié, mais sachez d'ores et déjà que cet album y figure. En cinquième place, sauf que je considère mes 10 choix comme tous potentiels numéro un, chacun dans leur genre. En parlant de genre, on va aborder probablement celui que je connais le moins mal, le rock de la nuit, le rock de la cave ! Amis corbaks, ce n'est pas spécialement à vous, en particulier, que je m'adresse, c'est davantage aux amis de la nuit et aux amis du rock donc ! Ceux qui perçoivent la ligne toute tracée, limpide entre l'oeuvre d'Eddy Cochran et Killing Joke !... post-punk, ouais, c'est ça (blurp).

 
Before & after party est sorti en mai de cette année, il arrive 9 ans après le premier album du combo nordiste. Sur le plan stricto-musical, pas de grands changements, mais une radicalisation voulue. C'est que Popoï Sdioh a passé le cap de l'essai-échec depuis bien longtemps, l'entité sait parfaitement où elle va. Le doute a laissé la place à l'expérience, la passion intacte en filigrane. C'est le moteur pour cette formation en route depuis 1989. Des origines, seul Lagartija Nick est le membre permanent, le vétéran, la mémoire aussi.
 
En 23 ans, l'entité a connue plusieurs vies. D'abord sous le nom de Nomad Lands, puis sous celui de Land of Passion. Je vois dans le fond des sourcils en accent circonflexes, les yeux s'écarquillent... Oui, Land of Passion, groupe culte du début des années nonante (heu oui quatre-vingt dix) pour toute une légion de gens habillés en noir de la Pologne au Chili. Auteurs, il y'a 20 ans des Stigmata Sessions – K7 aussi introuvable que culte et de même 3 ans plus tard de leur unique album Arrival -sous la référence Nerves 001-. LoP partagera pendant les scènes d'Europe pendant 7 ans avec une majorité de formations sombres du moment (Clan of Xymox, Projet Pitchfork, Die Form,...). En 1998, ils referment le couvercle de l'aventure. En 1999, Popoï Sdioh voit le jour. Lagartija Nick, Jeff Sholey (présent depuis 1992) et Frederico Iovino (depuis 1990) sont rejoints par le frère de ce dernier aux machines et synthé. Le premier album éponyme voit le jour en 2003. Un savant mélange entre rythmes tribaux, tensions punk, gouaille métal, métallique même et accords électroniques. Une formule assez unique qui les place aux côtés de tous les genres précités.
 
Before & After Party reprends les mêmes éléments avec toutefois plus de virulence que sur le précédent opus. Pour des gens amoureux du temps, l'urgence est omniprésente, les nerfs aussi. Après un quart de siècle à mouliner, on pourrait penser que le père Lagartija (référence à Bauhaus) en a soupé des décibels. Au contraire, ces riffs sont plus tranchants que jamais. On retrouve cette verve aussi dans le couple de voix unique (!) qui habillent tous les morceaux. Les grognements de LN mêlés à la voix de tête allumée de Frederico Iovino. Rarement des chants humains (dans le langage rock) dégagent autant de magnétisme. La basse lourde, ronde sans artifices de Sholley trace des lignes puissantes tout au long de ces 66 minutes. Vokhoban aux machines a la bonne idée de ne pas se perdre en trouvailles cheap, lui aussi participe à la déferlante, de manière tribale ou éclairée. En parlant rythme, impossible de passer sous silence le jeu tout aussi unique de Iovino (chanteur-batteur donc). Oui ce groupe a tout pour être culte. L'intelligence d'apporter une vigueur à un genre décrié, parce que trop souvent passéiste, une compréhension des émotions que procure la musique, le cortex et les tripes. En plus, c'est sur scène que l'entité prend toute son ampleur. Dans le genre, Les Tétines Noires (avant le flop LTNO) et Virgin Prunes (bien avant) avaient ouverts une brèche aussi intéressante qu'interdite. Dans un autre genre, il n'y a que Revok, actuellement qui parvient à traduire aussi parfaitement sa musique.
Les esprits chagrins reprocheront une approche simpliste dans les textes, où pourtant on aborde des sujets aussi graves que la maladie, l'accident, la dépression et les cauchemars ; les retrouvailles et le sexe aussi. Des sujets chers à Revok aussi d'ailleurs.
 
En 2012, les Popoï entérine une fois pour toute leur statut de groupe culte (sans prétentions), en délivrant un deuxième album hors-catégorie qui peut servir de clé d'entrée à celui qui veut découvrir le monde de la nuit et entendre les bruits de cave.
 
 
Ukhan Kizmiaz
le 09/01/2013